Echos du Pichoux et du Petit-Val

A travers le 20e siècle

La grève générale de 1918 débuta en Suisse le 12 novembre. Les troupes jurassiennes sont mobilisées dont Charles – 1895 – et Emile – 1898 – Bandelier, de Sornetan. Mon père Jean – 1901 – poursuit René, est en Suisse allemande, à Oberdorf, mais revient à la maison pour aider aux travaux de la ferme.

Manifestants et cavaliers de l’armée face à face à Zurich, une crise politique majeure du pays (source: archives fédérales)

1939-1945, les souvenirs d’enfance de René

né en 1936, un frère en 1943 et deux sœurs 1934 et 1944, René raconte “mon père pratiquement toujours mobilisé, ma maman s’occupait – avec l’aide parfois de quelques voisins ou soldats – du train de paysan. De temps en temps, des aides du plan Wahlen, mais certains sans aucune connaissance en agriculture”.

Quelques friandises et de la soupe

Les soldats cuisinaient dans la remise des Feignoux, alors propriétaires du restaurant appelé autrefois “Le Cheval Blanc”; et les gamins tout heureux de recevoir des biscuits.

Au fond, à droite, la remise et sa cave, où les militaires cuisinaient (photo: collection Commune Petit-Val)
le restaurant du Cheval Blanc et son enseigne (coll. Commune Petit-Val)

Une lettre au général Guisan

La Julia, trois enfants en bas âge, une tante âgée et handicapée, et bien sûr son Roland mobilisé – le cheval aussi – n’en peut plus et s’adresse au secrétaire communal qui lui conseille d’écrire une lettre au Général Guisan. Aussitôt dit, la Julia s’exécute. La réponse ne se fit pas attendre, dans la semaine qui suivit, trois soldats – accompagné d’un cheval – faisaient les foins chez la Julia, qui souligna à maintes reprises le grand cœur du Général.

Et plus tard, chez l’Albert – son fils – on dégustait toujours la fondue de guerre: des patates bouillies arrosées d’une béchamel, – avec un peu de vin blanc – et une pincée de fromage, juste pour le goût. (Source: famille A. Bandelier)

Un lieu-dit la “barricade”

situé à mi-chemin dans la charrière, bientôt effacé dans les mémoires.

L’armée avait aménagé des barricades – des tas de bois et des pierres – à la Combe, à la Planche aux bœufs et dans les gorges du Pichoux. Une guérite se trouvait au bas de la route qui mène à Sornetan, elle abritait une garde jour et nuit. La route était minée dans les gorges du Pichoux et à la Planche aux bœufs. Deux baraques militaires – au pâturage du bas et dans les gorges – servaient de dortoirs.

La route était minée aux abords de la chute de la Sorne et en-dessus du restaurant de la Couronne (Coll. Commune Petit-Val)

Au Perceux – en-dessus des Ecorcheresses – la nuit tombée, un grand projecteur balayait le ciel pour repérer les avions. Le soir, lors de nos parties de luge on entendait les bombardements sur la France. Alors que le plan Wahlen s’occupait du défrichement de la montagne de Souboz, des réfugiés allemands étaient accueillis à la Combe des Peux. Un jour en plein milieu du village – chez l’Ernest – des avions ont laissé tomber des douilles d’obus, qui par la suite ont servi – remplies de mortier – pour les tirs lors de mariages.

Une croix sur le toit de la ferme Weber à Souboz

Des indications pour éviter des erreurs (Coll. Commune Petit-Val)

Et les années passèrent, 1954 un communiqué

Tous les jeunes gens nés en 1936 sont convoqués au recrutement en 1955. Possibilité de s’annoncer si on a des préférences, cheval de cavalerie, cheval de train, moto, jeep ou bicyclette.

Mon choix est vite fait, je serai chauffeur de jeep, toutefois avec une petite contrainte, né en décembre 1936, je ne peux obtenir mon permis d’apprenti-conducteur qu’en janvier 1955. Recrutement à Moutier le 6 mai, examen pour le permis le 15 mai, et me voilà chauffeur-automobiliste dans l’infanterie. Au mois d’août je suis convoqué à Thoune – 2 jours – exercices de conduite et je rentre à Sornetan avec ma jeep – ma Willys – qui m’a coûté 5000 francs. Les conditions: la maintenir en parfait état pendant 8 ans, exécuter son école de recrue et 5 cours de répétition.

Ecole de recrue, à Thoune, le 6 février 1956

Par moins 32 degrés – un hiver qui restera gravé dans les mémoires – je me rends à Thoune avec ma jeep, ouverte.

Tous les véhicules sont au repos, exercices aux armes dans les corridors de la caserne et 3 semaines sans auto-école. (photo: collection René Bandelier)
Ecole de recrue, cours de répétition et tirs obligatoires, le compte est bon

Quelle aubaine

Le dimanche, en famille, on faisait des promenades en jeep (photo: collection René Bandelier)

Et durant la semaine, les travaux agricoles

Chars de foin à tracter ou crochée à l’andaineur, transports d’animaux et aussi taxi pour les paysans non motorisés, la jeep militaire était précieuse.

Vitesse 60 km/h – grand maximum 90 km/h. Après 150’000 km au compteur, la jeep dépassée par les nouveautés – en 1964 – a été échangée contre un tracteur.

Avec armée 95, ce système a été abandonné, tout comme les chevaux de dragons en 1972, et les cyclistes en 2004.

Souvenir de mon école de recrue

avec mes parements de chauffeur-militaire (Doc. coll. René Bandelier)

Et 30 ans plus tard, les remerciements d’usage, accompagnés d’une pièce de 5 francs.

La boucle est bouclée

Dans un crescendo expressif “L’âme du Jura”

musique de Paul Miche, né à Courtelary 1886-1960

Paroles de Jules-Frédéric Gueissbühler, Editions Chante-Jura

Jules-Frédéric Gueissbühler,

Tout comme Paul Miche, était un amoureux du Jura, de ce vallon, Le Petit-Val. Les “maisons blanches du village”, la “forêt sombre des montagnes”, “l’air des monts” et sa “rude haleine”.

Jules-Frédéric Gueissbühler né à La Neuveville -1888-1967-, fils de vigneron, fut le régent d’une classe unique à Souboz – tous les degrés – jusqu’à soixante élèves, de 1911-1959. (Source: Denis Petitjean, août 1998)

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