Dans son journal tenu régulièrement, le major Wilhelm Hugo Francke écrit: samedi 29 décembre 1917, Bonfol: “Nous avons pris nos postes à la frontière d’une façon impeccable. J’avais mon quartier chez un docteur Gerber, médecin. La maison était parfaite, une villa avec chauffage central. Il y avait une belle écurie avec des boxes pour les chevaux”.


Le Dr Gerber consultait à domicile
en voiture hippomobile dans tous les villages environnants


Le Dr Albert Gerber décède le 31 octobre 1934, à l’âge de 72 ans.
Le docteur Louis Kilcher, de Beurnevésin
rachète la villa en 1935 et consultera également à domicile, mais avec un autre moyen de locomotion, certainement moins astreignant

Beurnevésin, son église Saint-Jacques
une élégante silhouette blanche, située à flanc de coteau, face à la plaine de l’Ajoie. Son origine remonte au 15e siècle

Son moulin


et le terrain de football de Pfetterhouse parallèle à la route, célèbre durant la dernière guerre. L’un des deux buts se trouvait sur territoire suisse, une aubaine pour les candidats à l’évasion lorsqu’on envoyait le ballon dans les buissons, récupéré par un complice qui le ramenait sur le terrain. Les Allemands transférèrent plus tard le stade de la frontière près de la gare de Pfetterhouse. (Source: Amitié sans frontière, André Dubail)
Et son restaurant de la couronne

Le Jules et la Rosa Brahier
Les nouveaux tenanciers de la Couronne, dès 1933. Lors d’une promenade familiale, ils avaient rallié le Moulin de la Largue pour y déguster une friture de carpe, un peu par curiosité aussi.
Et la Rosa ” Te n’crais pe, Jules, qu’an poérait âchi lai faire?” Aussitôt dit, et ce fut le déclic. Pour la première fois un restaurant d’Ajoie offrait quotidiennement une friture de carpe à volonté, avec mayonnaise et salade pour 1 fr. 50 la portion.
20 ans auparavant
De la Borne des Trois Puissances (1870) au point 510, des endroits perdus, mais tout de même cher au cœur de ceux qui ont gardé la patrie, comme le raconte Robert Meystre – Journal de mobilisation de guerre 1914-1918 – “Beurnevésin dimanche 26 mars 1916, on ne trouve rien dans ce village, on couche 6 dans la même chambre, un lit se brise en plusieurs morceaux, un autre traverse le plancher et sort à l’étage en-dessous” “Mercredi 5 avril, poste du Largin No 3, nous avons de l’excellent chocolat. Nous retournons à Bonfol, où je me trouve une jolie chambre“. (source: Editions Alphil 2021)
Puis à nouveau des bruits de bottes
septembre 1939, le ciel s’assombrit à nouveau, la mobilisation est décrétée.
Qu’ils furent nombreux soldats et officiers, trouvant table et gîte dans ce sympathique restaurant, sis à l’extrême frontière. Durant ces années de mobilisation, la Rosa fut constamment sur la brèche. Recevoir, entourer, encourager, remonter le moral, des moments qui dissipaient le cafard et réchauffaient les cœurs. (source: Les aubergistes, SJE 1994)
Peu ou pas de photos
Les photographes étaient mal vus, protection du secret militaire oblige. On pratiquait une défense aérienne passive (DAP), mesures de protection en cas de bombardements, réseau de surveillance et d’alerte, abris souterrains, information par voie d’affiches, de radio, etc. (source: H. de Weck)
Le fonds Albert Perronne
Quelques photos glanées dans cette collection dont:



Epoque après la libération… et celle des retrouvailles avec les amis de France
Qui ne se souvient des bals de Beurnevésin? Animés par les fils Brahier, Francis au piano et Gaston au violon. Modeste et humble, la Rosa régnait en grande dame. Au cours des soirées, la Rosa, de sa magnifique voix de soprano entonnait “Le baiser perdu”, alors que son Jules, les pouces glissés sous les bretelles, évoquait ses plus belles “loûenes”.
Ce merveilleux couple d’aubergistes quitta la Couronne en 1964, une Couronne à laquelle il donna une âme et qui fut aussi la maison d’enfance de Gaston, ministre au Gouvernement jurassien (1987-1993) et ardent défenseur du patois.
Et puis ce fut au tour du Justin – la famille Comte – qui dès lors a transmis le flambeau à Sonia, leur fille, perpétuant ainsi la tradition, bien sûr la friture de carpe, et toujours dans un accueil des plus chaleureux, depuis quelque 90 ans.
Léon Vultier/harm. Frédéric Monnin
Interprété par les Patoisaints d’Adjoûe ét di Chôs di Doubs (source Djasans.ch)