Bonfol et la frontière, c’est aussi Le Largin

Noël 1917 à l’Hôtel de la Gare à Courgenay…

mais avec le moral au plus bas quand le Major Francke et ses soldats apprennent qu’ils doivent rejoindre Bonfol et la frontière; des larmes pour Gilberte et ses sœurs au départ des soldats

Le chemin du Largin

clôturé par des piquets en bois reliés entre eux par plusieurs rangées de fils de fer barbelés

le chemin conduisant au Largin (source: collection Cardinaux)

Quatre postes pour le secteur du Largin

(Source: la guerre aux frontières du Jura. Col. A. Cerf)

Dont le poste numéro 1

poste remplacé plus tard (coll. André Gerber, Pfetterhouse)

Par une guérite en rondins

Poste contrôlant la route internationale vers Courtavon (coll. André Gerber)

Le Largin, poste deux

Le plus important, le plus envié, le plus sacré. Pour les soldats, Le Largin, c’était le “beau secteur” , le point sensible de la frontière, tous désiraient connaître, occuper, défendre. (Source: La Guerre aux Frontières du Jura, Col. A. Cerf))

Le vrai Largin, à l’extrémité nord, placé exactement au point de jonction des deux fronts, relié à la forêt de Bonfol par une large tranchée (coll. Cardinaux)

Poste trois

(Coll. André Gerber)

surveillait la route internationale du côté de Pfetterhouse (source: Col. A. Cerf)

Et le quatrième

barrait la voie ferrée au passage de la frontière (source: la guerre aux frontières du Jura. Col. A. Cerf)

Restaurant des obus

et son tenancier Léon Gelin, dans son auberge évacuée. Le gros de la section ou de la compagnie logeait en cantonnement d’alarme.

1914 l’auberge est évacuée (coll. André Gerber, Pfetterhouse)

Un tampon personnalisé

suite certainement à un événement. Le 13 octobre 1914 les Français incendièrent la ferme du Sparhof. Alertés par la fumée les Allemands voulurent tirer au canon sur les Français, mais ayant réglé leur tir trop court, ils bombardèrent le Largin, ce qui provoqua un incident diplomatique entre l’Empire et la Confédération. Des obus avaient atterrit dans la cour et même des débris dans un local du restaurant.

Une bicoque sur territoire alsacien

la maisonnette face à la ferme du Largin

où les Suisses venaient y boire du vin d’Alsace fut également incendiée par les Allemands ce même 13 octobre 1914.

Une carte rédigée par un soldat de ce groupe (Coll. D. Zbinden)
qui écrit: “nous sommes dans les environs de la borne des 3 puissances”
datant de la guerre franco-allemande de 1870 (Source: amitié sans frontière)

De Vendlincourt, le 14 février 1915

Les trois frontières, suisse, française et allemande (collection Olivier Clory)

Un soldat du Bataillon 32

écrit en langue allemande, mais d’autrefois, (coll. Olivier Clory)

Chère Elise,

J’ai reçu ton paquet avec le repas pour les quatre heures. Je te remercie chaleureusement, car c’était une friandise. D’ici, de loin, je t’envoie mes meilleures salutations Chr. N.

Douaniers français et soldats suisses

On fraternise…. avec le sourire (coll. André Gerber)
ici aussi, mais différemment entre barbelés et militaires allemands (coll. André Gerber)

On a quitté Courgenay le 28 décembre 1917 pour se retrouver à la frontière

Ottendorf, Courtavon en français (coll. André Gerber)

à la route internationale direction Courtavon, ou

Au Point 510

posé sur la cime d’un pin géant (source: Au Point 510, Charles Gos)

un pigeonnier – une caisse – de 1m 50 sur 1 m 70, contenant un téléscope, un tabouret, un banc et deux téléphones, l’un relié au poste de Beurnevésin-Réchésy et l’autre à l’état-major de Porrentruy.

Ou au Café de la Frontière

sur la route Beurnevésin – Réchésy (Source: archives fédérales)

et sa roulotte-épicerie située sur territoire suisse

Sous ses ordres 600 hommes et chevaux pour le major Francke

Wilhelm Hugo Francke a 38 ans en 1915 (source: Gilberte de Courgenay, Damien Bregnard)

Aperçu de sa biographie

Wilhelm Hugo Francke (1877-1935), après avoir fréquenté les écoles d’Aarau et de Soleure, il s’inscrivit à la Faculté de droit, pour choisir finalement une carrière militaire dans la cavalerie. De 1916-1920, il est commandant du Régiment 8. En 1902, il entre dans l’entreprise florissante (ciment) de son beau-père Zurlinden. En 1915, il fonda sa propre entreprise Elfa, agents de blanchissants pour l’industrie de paille, papier, textile, etc., où il fait fortune, tout en étant fondateur entre autres, du Rotary-Club, de l’Automobile-Club, d’un club d’équitation, tous sections d’Aarau. Elfa cesse toute activité en 2002. La ville d’Aarau a acquis le domaine des Francke en 1950. (Source: Archives municipales de la ville d’Aarau)

Francke, petit-fils d’un ingénieur allemand, bel homme, fier comme un paon du rôle qu’il occupe, mais par son origine citadine le séjour est difficile dans cette campagne ajoulote du début du siècle, où l’on vit simplement, voire pauvrement.

Alle et le lit de l’Allaine (source: D. Stucki, à cœur ouvert)
C’ment è Bonfô voué on djase brâment patois
son boirdgie de poûes (coll. Agnès Berger-Bourgnon)

Aivô ènne coénatte

Aivô ènne soinnerie de coénatte le boirdgie aippelait les poûes du vlaidge pô allaie dains le tchaimpois. A lai roûe-neut d’eurvire dans l’vlaidge, les poûes tot pair lu r’trouvaient loûe bolat.

Le berger de cochons

Au son du clairon, – dans le village – le berger de cochons les appelait pour aller pâturer et le soir, arrivés au village les cochons regagnaient seuls leur écurie.

Le journal de Francke

Cavalerie et organisation, un journal tenu régulièrement

Mais auparavant, mardi 25 décembre 1917

9 h 00 Un prêche de campagne pour les Réformés a lieu – grâce à la loyauté du prêtre local, à sa tolérance – dans l’église catholique du lieu

L’Eglise de Courgenay et le restaurant du Cheval Blanc (coll. André Christe)

Gilberte a été invitée à la brigade pour le déjeuner. Les 3 filles de la Gare ont reçu des cadeaux au bureau de la brigade et invitées pour le dîner. Gilberte était de retour avec nous à 9 heures. Comme toujours, spirituelle et éloquente.

Mercredi 26 décembre 1917

Après des journées festives, un service intensif, on a repris les rênes en mains. Dans l’après-midi, un wagon-douches – à disposition du régiment (obligatoire) se trouve en gare de Courgenay. Gilberte a joué au bridge.

Jeudi 27 décembre 1917

D’une part on avait hâte de découvrir la frontière, et d’autre part on était tristes de partir, si bien soignés à Courgenay. En soirée nous nous sommes retrouvés chez Gilberte, qui en compagnie de ses sœurs, a profondément regretté notre départ. Nous avons promis de revenir le plus tôt possible.

Adieu Courgenay, on espère y revenir….

Vendredi 28 décembre

A deux heures de l’après-midi, le major Francke a rejoint Bonfol, avec la responsabilité des gardes-frontières et du commandement de la place, mais un grave incident survient

Un officier qui entretenait des relations avec l’Allemagne (source: journal Francke)

Le major Francke quitte l’Ajoie le dimanche 20 janvier

Extraits du journal de Wilhelm Hugo Francke, dont 24 jours à Bonfol (traduit en français avec l’aimable collaboration de Hermann Gehrig, Bürgäschi SO)

Adieu cette Ajoie que j’ai tellement aimée

A 7 heures 30 je quittais Bonfol, avec les escadrons 15 et 23. Aux dernières maisons du village l’escadron 24 nous saluait. Il était aligné sur un rang avec les sabres tirés. Un moment émouvant.

Le quartier de la gare avec ses 3 hôtels, la Poste, la Gare et l’Helvétia (coll. MBl)

Dernier souper à l’Hôtel de la Gare à Bonfol

Ce vendredi 18 janvier 1918 tous les officiers du régiment se rassemblaient pour une dernière fois.

Dans la salle peut-être un piano mécanique, une boîte à musique ou un orgue de barbarie

Un clin d’œil au passé

C’est lui que mon cœur a choisi…. Le temps d’une soirée ou pour toute une vie…
(Avec la gentille autorisation de Claudine Beuret, Delémont, chant et orgue de barbarie)

Téléphone, télégraphe, service postal et restaurants

Un premier dépôt en octobre 1863, puis un bureau postal dès le 1er février 1895.

A la Grenière, on améliore les communications – un poteau téléphonique – puis un mât fixé sur la poutre centrale (Source: Archives PTT, Köniz Chronik Post-199 A0004)
Le postier Pierre Bourgnon, son épouse, leur fils vêtu de blanc et des soldats (collection Agnès Berger-Bourgnon)

Les Trois Rois, et dès 1919 une salle de cinéma, prévue pour accueillir aussi concerts et pièces de théâtre (source: chronologie jurassienne) (coll. MBl)
C’était il y a plus de 60 ans… (coll. MBl)
L’Helvetia qui, en 1921 fut transformé en bureau de poste, tenu à l’époque par Pierre Bourgnon, petit-petit-neveu de Guillaume Bourgnon, ayant habité Le Largin (coll. MBl)
Le Grütli, propriété de Modeste Mamie, également titulaire du Restaurant du Largin (coll. MBl)

Le grand jardin avec son étang, appartenant également à M. Mamie, négociant en vins (coll. Huguette Roth)
Et puis, suite à de malheureuses cautions, c’est la culbute financière, on parla désormais de masse concordataire Aimé Mamie (source: Jos. Roth, son fermier, 18 avril 1933, coll. MBl)

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