Discours de l’ inauguration De la fresque de Gilberte de Courgenay

 

Ouf ça y est enfin! Quel soulagement, yes on l’a fait….

Je ne sais pas comment cela se traduit en patois ! “Tu pourrais peut-être m’aider Ugène” (Michel Choffat). Enfin, bref, quel soulagement d’être arrivé au bout de ce projet. Que de péripéties vécues mais voilà, c’est fait.
Vous aurez pu le lire dans la presse que le propriétaire des lieux allait vous raconter l’histoire de la Petite Gilberte ! Je ne sais pas qui a dit cela au journaliste “je soupçonne le Pitch” mais en tout cas ce journaliste ne m’a rien demandé. Je ne m’autoriserais pas à cet exercice car pour moi seule Eliane Chytil était à même de vous narrer une histoire aussi riche. Par contre, il est dans mes cordes de vous faire l’apologie de notre projet, soit la mise en valeur de ce patrimoine et de cette icône qu’est la Petite Gilberte.

 

 

2
 Olivier Clory pendant son discours

En 2009, j’ai acquis ce bâtiment qui était dans un bien triste état. Peu de personnes lui donnaient encore une chance et beaucoup n’y voyaient qu’une seule issue possible, sa démolition.
Je me suis alors attelé à le remettre en état dans la mesure de mes possibilités. Il faut dire que j’avais obtenu le crédit pour l’acquérir mais il en était tout autrement pour sa rénovation. En effet, j’ai toujours en mémoire ce banquier venu en visite, car j’avais sollicité son établissement pour un crédit de rénovation. On pouvait voir son visage se décomposer au fur et à mesure de la visite des lieux. Inutile que la réponse pour octroi du prêt fut négative. Bref, rien n’était facile.
Un jour, j’ai été abordé par une dame! “c’est vous qui avez repris le bâtiment !” après lui avoir répondu par l’affirmative, j’eus le privilège de faire connaissance en la personne d’Eliane Chytil, nièce de Gilberte. Eliane me fit découvrir certains aspects historiques de la maison que j’avais acquise. En effet, elle m’expliqua qu’initialement ma parcelle était rattachée à celle du restaurant de la Gare. Après la Première Guerre mondiale, en 1923, Gilberte Montavon épousa Louis Schneider et s’installa à Zürich. Trois ans après, soit en 1926, le papa de Gilberte, M. Gustave Montavon décida de construire sur ce terrain leur maison familiale. Dans cette dernière a dès lors vécu la famille Montavon, dont Paul, compositeur bien connu, lequel avait ainsi installé son piano au premier étage. Selon Eliane, il aurait ainsi composé à cet endroit plusieurs hymnes qui auront le succès que l’on connaît.  Gilberte, c’est toujours avec énormément de plaisir qu’elle se rendait dans cette maison afin de retrouver ses proches et y passer des vacances.

Je voyais sur le visage d’Eliane se dessiner une certaine nostalgie de ce bon vieux temps qu’elle avait connu alors enfant. Je lui proposai une visite des lieux. J’eus droit à des explications sur la salle-de-bain qui à l’époque se trouvait dans le couloir et se cantonnait à un simple lavabo. “Tu te rends compte Olivier, ils n’avaient pas prévu une pièce pour la salle-de-bain. Plusieurs personnes avaient dit à Gustave d’en faire une, mais tu vois à l’époque ils ne réfléchissaient pas comme nous”.

 

 

Moment d’émotion,  les hymnes nationaux français, allemand et suisse interprétés par la Filarmonica La Concordia Bienne. A la baguette Celestino Quaranta

Que de bonheur de pouvoir discuter de tout cela avec Eliane, surtout qu’à chaque pièce visitée j’avais droit à une anecdote. L’idée de redonner un peu de cachet d’antan à ce bâtiment s’est mêlée aux conversations. Pour ma part, j’exprimai à Eliane mon étonnement qu’il n’y ait rien au village pour rappeler la présence de Gilberte. Il y a bien évidemment l’hôtel de la Gare oui, mais finalement seules les personnes connaissant déjà l’histoire de Gilberte faisaient le lien avec cet établissement public. Pour les autres, notamment les jeunes générations il n’y avait rien pour rappeler tout ce pan  de l’histoire. Au fur et à mesure de la conversation la réalisation d’une fresque de Gilberte sur cette maison familiale s’est alors imposée par elle-même. Il s’agissait d’avoir un visuel qui ferait en quelque sorte office de phare pour attirer l’attention. Eliane me déclara alors: “Je connais un artiste qui fera parfaitement cela, je m’occupe de regarder avec lui.” Il s’agissait en fait de notre ami Pitch Comment qui en plus d’être un artiste émérite est aussi un enfant du village. Bref, le choix paraissait évident. Une rencontre des trois compères permet de mettre une stratégie en place. Le Pitch faisait la fresque, Eliane s’occupait de tout l’aspect historique. Quant à moi, j’avais la tâche ingrate de trouver des fonds. Cette mission fut laborieuse. Il est vrai qu’en voyant dans quel état se trouvait le bâtiment notre projet pouvait porter à interrogation. Alors que j’avais pris une semaine de congés, j’en profitai par faire le tour des entreprises de la région à la recherche de fonds. Résultat: 300 fr. de dégotés. Je me suis alors dit que j’aurais mieux fait de cueillir des cerises à Paplemont, cela m’aurait permis de récolter plus d’argent pour cette réalisation…

La salle paroissiale était comble

En 2014 Eliane décédait et nous nous retrouvions orphelins de notre ambassadrice. Le projet n’avait récolté que quelques centaines de francs, rien n’avançait, bref nous touchions le fond. En septembre 2015, le député de Courgenay Yves Gigon fit une question écrite au Gouvernement jurassien intitulé “Quid de la sentinelle des Rangiers” dans laquelle il faisait remarquer au Gouvernement en parlant du Fritz, je cite: “le rétablissement d’un tel symbole aux Rangiers pourrait être un atout touristique et historique extraordinaire pour le Jura et l’Ajoie, au regard des lieux déjà existants liés à la Première Guerre mondiale que sont le Largin et l’Hôtel de la Petite Gilberte”. Dans sa réponse le Gouvernement estime qu’il est opportun d’envisager dans un premier temps un travail d’historiens et de sociologues sur l’histoire de la sentinelle des Rangiers et sa perception au sein de la population”. L’équipe du Km0 qui a remis en état le Largin est citée en exemple. Ainsi, durant quelques semaines une multitude d’articles dans les médias régionaux mais aussi nationaux fleuriront. L’occasion était pour ma part inespérée de relancer mon projet. En effet, alors que certains experts tergiversaient et s’affrontaient par le biais d’études et de théories en tout genre sur la réhabilitation de notre Fritz au Rangiers ou ailleurs, j’avais pour ma part un projet de remise en valeur de la Petite Gilberte qui lui, n’aboutissait pas faute de moyens. Quelques téléphones suffiront pour que les médias s’ intéressent. Etonamment ce fut un article paru dans le journal “L’Ajoie” qui eut le plus d’échos auprès de la population. J’eus ainsi le téléphone d’une dame qui me bombarda de questions. “Vous avez demandé une aide, un tel ?, vous connaissez M.,”. “Moi je ferais comme ça…”. Toutes les idées ou suggestions formulées ayant été exploitées par moi-même et au bout d’une heure de conversation, je déclarai à cette dame que si elle voulait m’aider, si elle avait des idées, pas de problème, elle pouvait venir dans la gonfle. C’est ainsi que Madelon incorpora le collectif composé du Président, soit moi-même, du Pitch et de la Madelon qui fut nommée à l’unanimité secrétaire…. Il ne s’agit pas de son vrai prénom mais sa modestie est telle que pour l’inauguration elle m’a dit: “vous n’irez pas dire mon nom, moi tout le monde m’appelle Madelon, c’est comme ça”. 

Le travail de Madelon fut titanesque, elle remua ciel et terre pour faire connaître loin à la ronde notre projet et trouver les quelques milliers de francs qu’il nous fallait. C’est ainsi qu’elle me déclarait de temps en temps qu’elle avait contacté certaines personnalités, comme M. Adolphe Ogi, il va nous verser  100 fr. “ça c’est formidable”.

Gilberte et les dragons

Un jour Madelon me dit: “dites olivier il y a plein de personnes qui me demandent quand est-ce que sera inaugurée la fresque, je pense que ce serait bien de faire un petit quelque chose”. Je ne pouvais pas lui refuser cette demande. Ainsi, elle me parla dans un premier temps de baptiser la fresque. Une date fut retenue, le 26 août 2017. J’orientai Madelon sur le fait que je lui faisais carte blanche. C’est ainsi qu’après avoir appris que la fresque allait être baptisée, je fus orienté que cela se ferait avec la participation de la fanfare du village. Ensuite, elle me parla de la présence de groupes musicaux, puis de dentelières, puis de patoisants, puis de  cavalerie, de l’association du Km 0, etc… Je ne vous cacherai pas que je commençai quelque peu à stresser. En quelques semaines une quantité phénoménale de participants s’étaient annoncés alors que les travaux de la remise en état du bâtiment n’avaient pas encore commencé et que la rénovation s’annonçait titanesque. Notre Madelon me disait toujours “Je vous sens un peu soucieux Olivier, vous verrez il n’y aura pas de problème, ça va aller”. 

Il fallut donc s’atteler à la tâche. Ainsi, nous commençâmes par démonter le couvert disgracieux qui coiffait l’ancienne station d’essence et qui dénaturait le site. Ce sont nos amis français du Kmo, mais aussi des membres suisses de cette Association que je salue tout particulièrement qui se proposèrent pour donner un coup de main. Ainsi à midi le gros du travail était terminé. La Madelon nous avait concocté un superbe repas dans le verger de M. André Christe qu’elle avait justement débauché pour notre inauguration au vu de ses talents de metteur en scène. Ainsi, après le repas et notamment le coup de pouce dans le café, peu étaient encore enclin à mettre la main à la pâte pour finir le travail.

J’orientai encore la Madelon sur le fait que le premier permis pour la réalisation de la fresque et ses aménagements datant de 2011, il fallait que nous en déposions un nouveau. De plus, notre projet avait quelque peu pris des l’ampleur. En effet, outre une fresque, il nous paraissait important de finalement expliquer pourquoi la Petite Gilberte était devenue célèbre. Il est ainsi paru intéressant de relater l’implication de la région dans la Première Guerre mondiale afin que les nouvelles générations n’oublient pas ces dizaines de millions de personnes qui sont mortes dans cet effroyable conflit mais aussi quelques années plus tard lors de la Seconde Guerre mondiale. Ainsi, l’idée de faire des panneaux didactiques s’imposa par elle-même. Le projet qui fut déposé comptait trois panneaux didactiques, deux illustrations et la fresque. Toutefois suite à une opposition d’un voisin, nous avons du revoir notre projet.

Défilé dans le village de Courgenay

Plusieurs choses seront encore faites ces prochains mois, comme par exemple le site internet qui est en cours de construction. L’idée est ici de mettre en ligne un maximum de documents concernant Gilberte, son frère Paul mais aussi d’y incorporer des photos et récits relatant la Grande Guerre en Ajoie.

Voilà vous comprendrez peut-être aisément pourquoi j’ai fait un grand ouf de soulagement en début de mon discours. J’aurais encore bien des anecdotes à vous narrer mais elles ne sont pas forcément toutes rigolotes et finalement je ne garde que les bons souvenirs de cette aventure menée en grande pompe par ma secrétaire, la Madelon que je ne saurais jamais trop remercier, que du bonheur. Un franc parler, un esprit toujours positif, le sens des valeurs, une vraie dame du sérail, une vraie Jurassienne, notre Madelon. Merci pour tout Madelon.

Je ne saurais clore mon discours ici sans remercier toutes les personnes qui ont apporté leur soutien. Je ne peux évidemment pas toutes les citer ici, mais nous avons eu à coeur de graver sur une plaquette situé à côté de la fresque celles qui ont joué un rôle important pour la réalisation du projet.

Je m’associe à M. Choffat pour également vous remercier toutes et tous de votre présence, de votre soutien, de votre participation à cette manifestation. Je suis également honoré de compter dans le public nombre de personnalités cantonales, communales, dont M. le Ministre de la Culture, M. Martial Courtet que je salue tout particulièrement. Un grand merci aussi à la famille Montavon dont plusieurs descendants de Gilberte ont répondu à notre invitation. Merci à Michel Schmied qui nous a offert une sculpture en bois de Gilberte, sans oublier un autre artiste, notre Pitch. Merci aussi à toutes les sociétés qui nous ont fait l’honneur d’animer cet après-midi. Un grand merci à vous tous.

Ce n’est que du bonheur pour nous de vous compter si nombreux.

Cet après-midi se veut simplement convivial, que vous ayez du bonheur à être ici, que vous profitiez du moment présent. Après l’inauguration c’est avec un énorme plaisir que nous vous convions toutes et tous dans cette salle pour boire un verre et déguster des produits régionaux. Alors nous comptons sur votre présence.

Merci à toutes et tous de votre attention. 

 

Hymnes nationaux Français, Allemand et Suisse

youtube.com

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *