La Petite Gilberte, un rayon de soleil pour les soldats mobilisés

En 1906, Gustave Montavon achète l’Hôtel de la Gare à Courgenay et s’y installe avec sa femme et ses cinq enfants.

Gustave et Lucine Montavon (sources: MHDP)
L’hôtel de la Gare à Courgenay (sources: MHDP)

Dès le 4 août, on se bat à nos frontières. D’interminables colonnes de soldats suisses serpentent dans les vallées jurassiennes. Dès fin août, l’armée s’est solidement installée à ses postes d’observation.

Projecteur et relais téléphonique aux Ordons (archives fédérales)

Les villages ajoulots comme Bonfol, Montignez, Beurnevésin, Lugnez, Courgenay, deviennent des quartiers généraux pour les troupes suisses. Fermes, granges, écoles, tout est occupé.

Les établissements publics ont une grande importance, les soldats aiment à s’y retrouver.

Il y a bien le Faucon, à Porrentruy, souvent fréquenté par des officiers. En revanche, l’hôtel de la Gare, à Courgenay, semble le seul à accueillir soldats, sous-officiers et officiers.

En cette année 1914, Gilberte a dix-huit ans….

Elle est jolie, un caractère rieur et plein d’entrain en fait une personne portée au contact, avec des cheveux noirs, coiffés en bandeaux. Instruite, une huitième année passée à l’Ecole Saint-Ursule, à Porrentruy et un apprentissage de couturière en Suisse allemande durant une année lui avait permis de se familiariser avec le “schwyzerdütsch”, qu’elle parlait avec son accent welsche, et qui ajoutait encore un certain charme.

Dans le journée, Gilberte – devant une table – reprise une chemise, recoud un bouton. Gilberte c’est aussi la confidente, elle remonte le moral de ces soldats perdus à l’autre bout de la Suisse.

A l’hôtel de la Gare, on y parle le langage du cœur (photo: MHDP)

Gilberte n’était pas la seule. Il y avait de nombreuses auberges avec de jeunes et sympathique sommelières. Mais, à l’hôtel de la gare, c’était une famille, on y parlait le langage du cœur. Gilberte se souvenait d’un visage, d’un prénom, même si un certain temps s’était écoulé depuis une dernière rencontre.

Chaque soir la famille Montavon au grand complet s’active. Lucine, la maman aux fourneaux et aux… comptes, attentive à tout et à tous, veillant sur ses filles qui servent bières et demis, pendant que papa Gustave s’occupe de la cave, en remontant les boissons au moyen de l’échelle de la trappe qui se trouve derrière le comptoir.

Lucine et ses filles: à gauche Camille et Gilberte, à droite Fernande (photo: MHDP)

Les petits-frères – Gustave 13 ans, joue du violon, Paul dix ans, “tire” l’accordéon ou se met au piano – et les soldats aiment chanter et danser. Alors on danse, si possible avec Gilberte qui parle l’allemand. Lucine la maman, derrière sa caisse fronce les sourcils.

Ce soir, jeudi 11 octobre 1917, justement, il y aura un concert spécial à l’hôtel de la Gare… Hanns in der Gand est dans la région et il vient aujourd’hui à Courgenay chanter sa dernière chanson et les anciennes aussi… (sources: Damien Bregnard et Eliane Chytil)

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