Albin Bandelier 1874-1918 Extrait de son journal du 2 au 31 août 1914

9 octobre 1874 – 11 juillet 1918, instituteur à Moutier, né à Sornetan (coll. privée)

2 août: Un bulletin nous apprend à 10 h ce matin que l’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. La France suivra. On s’attend à un formidable cataclysme en Europe. Je suis prêt à partir, c’est mon tour mardi matin pour Lyss.

4 août: Arrivée à Lyss pour 2 h, rude journée de fatigues; nous sommes sous la pluie, mouillés et sales comme des porcs.

Caserne de Lyss (archives fédérales)
Caserne de Lyss, départ pour le ravitaillement (archives fédérales)

5 août: Il faut se remettre à la vie militaire et savoir souffrir beaucoup. Je travaille au bureau du fourrier.

Jeudi 6: Debout à 3 h et demie. Départ sous une pluie continuelle pour Sonceboz, chargés comme des mulets (au moins 80 livres).

Samedi 8: Départ pour Glovelier, arrivée à midi, les pieds en vive chair.

A Undervelier, permission de monter sur un char. Au Fuet, on m’offre de l’eau fraîche et du chocolat, à Châtelat et au Pichoux, des vivres.

Dimanche 9: Nous sommes consignés dans le village de Glovelier. J’ai eu le bonheur de voir ma chère compagne arrivée à 1 h et demie avec notre brave Mimi. A 6 heures, soupe, puis départ pour Boécourt et les Rangiers.

Les Malettes et Montgremay (archives fédérales)

Lundi 10: Debout à 5 h et départ pour les travaux à exécuter sur la crête de la montagne. Nous logeons aux Tronchats, ferme des Côtes, sur la chaîne des Rangiers. De là on remarque de grands incendies en Alsace.

Mercredi 12: On entend toujours le canon en Alsace.

Vendredi 14: Les nouvelles ne sont pas rassurantes: cinq corps d’armée de France sont en face de nous; une défaite de leur part pourrait nous les amener sur sol suisse et alors?…

Samedi 15: Nous prenons la soupe sous la pluie, autour d’un feu.

Dimanche 16: Triste dimanche, il pleut, il faut empierrer un chemin autour de la ferme. Mal nourri, depuis deux jours rien eu que pain et chocolat, le matin; il a fallu abattre un cheval et le manger n’est pas mon affaire.

Lundi 17: Départ direction Charmoille, Lucelle, à la ferme de Scholis.

L’infanterie non loin de Lucelle (archives fédérales)

Commencement de fortifications à 50 m de la frontière. Au menu du pain et le cheval figure toujours au menu. Je pense beaucoup à ma femme et à notre petiot.

Vendredi 21: Un premier-lieutenant a un bras fracassé par une balle que lui adresse maladroitement un caporal d’infanterie (Bourrignon).

Le foyer du soldat à Bourrignon (archives fédérales)

Dimanche 23: Très belle journée. 11 h, excellente soupe au riz et viande bien préparée. Puis repos jusqu’à 6 h du soir. On joue aux cartes. On n’ose pas trop se plaindre en songeant aux peuples en guerre.

Samedi 29: Je pars pour Moutier, quelle joie. Je parcours 19 km en 2 h. A 18 h au logis, quel plaisir de se retrouver en famille et avec de mes amis.

Dimanche 30: Départ à 3 h et demie pour Lucelle, c’est pénible de quitter ceux que l’on aime tant.

Lundi 31: Départ pour Les Enfers. Marche pénible sous un soleil brûlant. La Caquerelle, La Roche, St-Brais, Montfaucon, arrivée aux Enfers à 8 h. Mieux qu’à Lucelle, sauf pour la nuit, car nous sommes dévorés par les puces de foin.

Un extrait du Journal d’Albin Bandelier

(Source: extrait d’Albin Bandelier: Mon journal 1914-1918, suivi de Travaux maçonniques, Peseux, Chez le Glossateur, 2012)

Le 31 décembre 1914, brumeux; froid. Voilà la fin de cette année terrible! Puisse la nouvelle commencer en nous faisant entrevoir quelque symptôme de paix et finir à son tour au milieu d’un amour universel (même source).

Albin Bandelier décéda suite à l’épidémie de grippe espagnole, laissant une épouse et quatre enfants en bas-âge.

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