Des Noëls pendant la Grande Guerre en Suisse et en France

Une lettre (extrait) de Joseph Roth, né en 1893, ajoulot-français de Porrentruy écrit à ses parents domiciliés à la Rue des Planchettes:

Brabant le Roi, le 25 décembre 1914

Chers parents,

Hier, j’ai reçu votre énorme paquet. C’est le moment d’en profiter attendu que nous avons quitté le Nord. Que nous sommes contents d’avoir quitté ce pays où nous sommes restés pendant six semaines à la même place. C’est devant Monchy (Pas de Calais), que le 10 octobre notre régiment s’est sacrifié, ainsi que toute notre division devant des forces 20 ou 50 fois supérieures à nous et que nous avons réussi à les enrayées jusqu’à l’arrivée d’un corps d’armée qui venait nous délivrer (20e corps de Nancy et des Marsouins); ces derniers ne sont pas des “pétochards”.

Laissons ces affaires de guerre pour l’instant. Nous avons passé un beau Noël, tout le peloton était rassemblé et nous avons eu un bon repas. Trois camarades et moi de l’escouade avons fait le Réveillon (comme on dit aussi dans le pays de Porrentruy). Nous avons acheté deux lapins pour notre soirée. Nous nous sommes amusés jusqu’à minuit et après quoi nous avons été à la messe. Notre escouade est logée dans une bonne ferme. Il y a 3 semaines quand nous étions encore dans les tranchées nous ne pensions pas passer un si bon Noël. Bonne et heureuse année pour 1915. Votre fils (source: coll. privée).

Brabant le Roi durant la Grande Guerre (Source: Mémoire des hommes)

Et à Malleray -Bévilard,

Le 25 décembre 1914

Noël est apparu sans neige. Dans la petite église on a garni le sapin. A 5 heures, Charles Frey, instituteur, se rend à l’invitation de la Batterie 33, au “Restaurant Houmard”. Ils sont 147 pour célébrer Noël en commun. Au centre de la salle les officiers, puis fourrier, sergent, artilleurs, caporaux et appointés, tous chantent en chœur. Puis la distribution des étrennes. Chaque soldat reçoit un calendrier, une plaque de chocolat, des cigares et des allumettes, avec les souhaits du colonel divisionnaire Wildholz. Une surprise attend les soldats: les élèves de M. Frey interprètent 3 chants qui soulèvent de frénétiques applaudissements. (source: Journal de M. Charles Frey)

Souliko, mél. pop. russe, arr. et paroles H. Devain
Chœur des écoliers biennois et Chœur de l’école secondaire de Tavannes
direction: Pierre von Gunten, Claude Rossel piano

Le 24 décembre 1915

De Joseph Roth (extrait):

Chers parents,

Par ici la neige et le froid ont aussi disparu, quoique l’on aime autant la gelée, surtout dans les tranchées, quand ce n’est pas le cas on nage dans la “gadouille”. Me voici de retour des tranchées tout content de prendre un peu de repos et pas trop mal dans le secteur où nous sommes, tout content de passer le Nouvel-An chez les “Pékin”. Je suis toujours chez le vieux curé et qui a comme concierge un rescapé de Reichshoffen (un bon vivant). Ce soir avec quelques copains nous allons faire le Réveillon avec un “sauteur” (lapin) dont nous allons “nous taper le chou” et serons heureux comme des “Milords”. Tout va bien. Votre fils qui de loin pense à vous.

Malleray-Bévilard

Le 31 décembre 1915

Pas de neige à Noël, ni à Sylvestre. De plus la “Fanfare” n’a pas tenu son habituel concert de minuit! (source: journal Charles Frey)

Réveillon de Noël 1916 au Largin (extrait)

“C’était en décembre 1916, Noël approchait à grands pas (…) Mon grand-père avait sans nul doute réussi à se procurer des victuailles et même de la viande. Il avait sûrement lié connaissance avec quelques habitants du village de Bonfol. Le 24 décembre tout était calme sur le front. Soldats suisses, français et allemands se retrouvèrent réunis, sur le territoire suisse, autour d’une table couverte de mets et bougies allumées. (source: Bonfol Le Largin au kilomètre 0, du front ouest 1914-1918, Claude-Henri Schaller-Hervé de Weck, société jurassienne des officiers)

Le Largin 1914-1918 (photo collection notre histoire.ch)

“Le Noël de nos soldats” (extrait)

En 1916, pour la première fois, les soldats jurassiens s’apprêtent à fêter Noël sous les drapeaux. Les écoles ont déjà préparé nombre de paquets. Le bataillon 21 a ses marraines à Saint-Imier, le 22 à Reconvilier, les mitrailleurs à Saignelégier. Nos soldats, bien que privés de leur famille, auront un heureux Noël. (source: A. Houlmann et J. Maillat. le Jura du 12 décembre 1916, Damien Bregnard, Gilberte de Courgenay).

Malleray-Bévilard

Noël 1917

Aujourd’hui la neige ne cesse de tomber. Pas d’arbre de Noël au temple, pas de vacances, pas d’oranges, pas de châtaignes, pas de noix, pas de noisettes, est-ce bien Noël se demandent les petits? (source: journal de Charles Frey)

Courgenay, hôtel de la Gare Noël 1917

Dans la grande salle de l’Hôtel de la Gare (source: Damien Bregnard, Gilberte de Courgenay)

Après le somptueux repas de Noël, après les chaleureuses soirées passées avec Gilberte, tout a une fin. Le major Francke et ses cavaliers ont le moral au plus bas quand ils apprennent qu’ils doivent rejoindre Bonfol et la frontière. Des larmes pour Gilberte et ses sœurs au départ des soldats. (Source: Damien Bregnard, Gilberte de Courgenay).

soldat, mais parfois aussi pianiste
encore quelques notes avant le départ
et après un somptueux repas de Noël, c’est le départ.

A cheval, en colonne par deux . “Calme, en avant, droit” (Général L’Hotte 1825-1904) (Photo: collection MHDP)

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