

En 1939, la mobilisation se fit par voie d’affichage et par la radio

Vallée de Tavannes

… avec des chevaux bien ferrés et le paquetage complet”, racontait en 2007, René Blanchard, de Malleray, âgé alors de 94 ans. Né en 1913, une école de recrues dans la cavalerie en 1933.

Il mise son premier cheval militaire en 1934, une jument de 4 ans, qui porte le joli nom de Miniature.
Malleray, 1935, René Blanchard montant Miniature, Louis Garraux, qui fut “le coiffeur” des chevaux au DFCA à Berne, Daniel Mercerat, de Champoz et Jean Heimann. En 1938, on ne compte plus que 30 escadrons.

René Blanchard se souvient: “Le 3 septembre 1939, j’ai 26 ans, c’est le jour de la Foire de Chaindon, la mobilisation est décrétée. Je me rends à cheval à Tavannes, j’embarque dans un train et voyage avec ma monture jusqu’à Peseux, où mon escadron prête serment dans la soirée. Puis de longs mois de service s’écoulent, dont en particulier quatre sur la frontière du Rhin. On n’a que de maigres congés, à peine arrivé à la maison, il faut repartir. Des tickets de rationnement sont distribués à la population, par exemple trois oeufs par mois.”


En 1940, le sabre complète le paquetage (source Schweizer Kavallerie 1848-1972)
En stage à l’Hôpital du Pasquart à Bienne…
… le 30 août au soir, musique militaire inhabituelle avant les nouvelles, c’est la mobilisation immédiate des troupes frontières dont fait partie David Stucki, 23 ans, étudiant de dernière année, qui accomplit son deuxième stage obligatoire.
Pour ce jeune caporal sanitaire, c’est le départ au dernier train pour Porrentruy. Le lendemain, à cinq heures du matin, le bat. fr. 231 – commandé par le major Beley, de Delémont – mobilise à la Vignatte, près du château de Porrentruy. Hitler s’était déjà quelque peu distingué, mais personne ne pensait à en avoir pour six pleines années.
Le premier mois de mobilisation se passe au fond du Val Terbi, à Mervelier, que David Stucki quitte sans regret pour rejoindre le bat. 24, – sous les ordres du major Ali Rebetez, un ancien professeur de l’Ecole cantonale de Porrentruy – sur les hauteurs de La Caquerelle. (Source: à cœur ouvert, Dr David Stucki 1990 SJE)
A la Caquerelle


En Ajoie, à Porrentruy
Porrentruy, 18 novembre 1939, défilé d’une compagnie de fusiliers – avec le commandant à cheval – dans la rue Traversière. A remarquer deux soldats avec des bicyclettes de réquisition.


En 1940, la compagnie aviation 4 est dotée de Morane 3-3800 puis D-3801 (sous licence 1000 cv)

et devient une escadrille de chasse (source: Claude Rüeger, président de l’Amicale aviation 4)
Abel Roth, de Bonfol a effectué son école de recrues en 1930 à Dübendorf. Incorporé dans la compagnie d’aviation 4 – préparation et entretien des avions – il rejoint Berne le 2 septembre pour la prestation de serment. Le 13 septembre, il démobilise à Thoune, faute d’avions (Fokker CV). Remobilisation le 26 février 1940.

(photo coll. Roth)

(source Amicale aviation 4)
Depuis la gauche, soldat Roth, de Bonfol, 3e Maurice Vuillaume de Courgenay (coll. Roth)
Drôle de guerre
La “drôle de guerre” est la période du début de la Seconde Guerre mondiale qui se situe entre le 3 septembre 1939 et l’offensive allemande du 10 mai 1940, où la Suisse aurait pu résister à une invasion allemande, puisqu’elle pouvait compter sur l’intervention de trois armées françaises. Cette coopération planifiée justifie le dispositif décidé par le général Guisan.
Par contre en juin 1940, la Suisse n’aurait pas tenu plus de 2-3 jours en cas d’invasion allemande, le déploiement de son armée ne correspond plus à la situation. Guisan décide de créer le Réduit national – contrôle des lignes du Gothard et du Simplon – mais il faudra attendre jusqu’à l’été 1941, pour que le Réduit soit aménagé. Dans ces conditions, il aurait fallu des semaines aux Allemands pour prendre le contrôle de la zone alpine. Les troupes légères avaient pour tâche de retarder l’ennemi sur le Plateau. (source: Hervé de Weck: “Et si la Suisse avait été envahie” 1939-1945, éditions Cabédita)
Et quelque part ailleurs… en 1940…
Des soldats suisses, dans la bonne humeur, en oubliant à la limite que les Allemands sont à la frontière…
En 1914-1918, de même qu’en 1939-1945, l’Ajoie n’est pas défendue, tout comme les saillants de Bâle-Ville, de Schaffhouse et de Genève.

11 mai, deuxième mobilisation générale
Les nouvelles ne sont pas réjouissantes. Hitler a décidé d’envahir l’Europe de l’Ouest, et en particulier la France, cachée derrière sa ligne Maginot. Le 19 juin 1940, les Allemands découvrent à Dijon des documents franco-suisses de coopération militaire. Du 24 juin au 4 octobre, mise au point d’une invasion de la Suisse par l’armée allemande.
Passera-t’elle par le Plateau suisse? Toute la brigade frontière 3 est transportée aux portes de Bâle et sur le Rhin. (Source: Le général Guisan et l’esprit de résistance, J.-J. Langendorf et Pierre Streit, Ed. Cabédita 2010)
Des soldats bien fatigués après un exercice, mais…

On tente une demande de congé…


… “Vous devez entrer en service selon l’ordre reçu. Vous ferez votre demande de congé sitôt la cp. installée sur son point d’appui. Cp. d’aviation 4, le Commandant cap. Bompard
24 mai 1941, manœuvres aux Rangiers
avec l’engagement de quelques-uns des 24 Praga dont dispose l’armée suisse (source: Guisan et les Jurassiens, SCJO-SCBO – 1995)

1941, on commémore le 650e anniversaire de la Confédération
pendant que l’Allemagne envahit l’Union soviétique
16 juillet 1943, Sochaux sous les bombes des Anglais
suite à une erreur de ciblage
1er avril 1944, une escadrille de l’armée américaine
largue des bombes sur la ville de Schaffhouse. Erreur ou bombardement volontaire?
Enfin, 6 juin 1944, débarquement allié en Normandie
et le 15 août en Provence. Pendant l’automne 1944 les troupes alliées ont remonté le Rhône, et s’approchent du Jura. Une rencontre entre le général Guisan et le général De Lattre de Tassigny a lieu sur le Dessoubre pour dissuader les alliés – qui envisageaient de violer le territoire de la Confédération – pour détourner la résistance des Allemands dans la trouée de Belfort. La bataille redoutée n’a pas eu lieu. (Source: D. Stucki SJE 1990)
Des travaux de défense effectués en automne 1944 à Porrentruy


10 juin 1944, Oradour-sur-Glane,
le plus grand massacre de civils perpétré par les nazis en France, quelques jours après le débarquement des Alliés en Normandie, 642 personnes y trouvent odieusement la mort (source: histoire/archives)
25 août 1944 libération de Paris
20 novembre 1944 libération de Belfort
23 novembre 1944 libération de Strasbourg
8 mai 1945 capitulation de l’Allemagne
Le Général Guisan, les soldats et la population
Il jouit de la confiance totale de l’armée et du peuple. Un lien personnel par de fréquentes visites et inspections. Il vit auprès de ses soldats et partage leurs soucis.
Le Général passe tous ses Noëls au milieu des soldats. Le 24 décembre 1939 il est à Delémont. Au matin du 25 – le premier Noël de guerre – il se rend à Pleigne pour adresser ses souhaits aux troupes de la couverture frontière.


Le 8 mai 1945, date de la capitulation allemande
le Général s’adresse sur un ton personnel à ses soldats: “Avec tes camarades, avec tes chefs et ton Général, remercie Dieu d’avoir épargné notre pays, car c’est à Lui d’abord que nous devons ce destin miraculeux…”
Le 4 juin 1945 le Général prend congé du Conseil fédéral et, le 20 juin, il demande à l’Assemblée fédérale de le libérer de ses fonctions de commandant en chef. (Source: le Général et l’esprit de résistance, Ed. Cabédita 2010)
