Mobilisation de la Grande Guerre


(source: archives le Démocrate, 1914, Delémont)
Le Démocrate du 4 août 1914, (source: archives Le Démocrate 1914, Delémont) (à lire ci-contre)
Le Conseil fédéral a nommé le colonel Wille en tant que général en chef des troupes suisses, quant à Frédéric Brügger il a été nommé adjudant-général par le général Wille (photo: archives le Démocrate, 1914 Delémont)

Porrentruy, le 4 août 1914

LA DEFENSE DE L’AJOIE

Je viens de parcourir notre ligne de postes d’extrême frontière, de Boncourt à Charmoille. Les quelques centaines d’hommes des bataillons du landsturm 23 et 24 qui y sont en faction, remplissent consciencieusement leur devoir. Ils surveillent les routes de communication qui viennent de France et d’Alsace en Suisse et ils organisent des patrouilles qui circulent continuellement en vue de la frontière. Les chefs de compagnie ne cessent de visiter en automobile les différents postes de la frontière, rappellent constamment aux hommes leur devoir et confient aux sous-officiers les missions qu’ils ont à remplir. L’Etat-major suisse se tient continuellement au courant de ce qui se produit sur nos frontières française et allemande et demandent des rapports aux officiers chargés de la surveillance des groupes landsturm qui y sont postés. Mais il est très difficile de se procurer des renseignements sur les mouvements des troupes qui sont dispersées au-delà de nos frontières: tout ce qu’on sait, c’est que les Allemands patrouillent sur notre extrême frontière et font en France de nombreuses incursions. On en a eu une preuve palpable mardi matin même, quand nos braves sous-officiers bruntrutains, MM. Arthur Queloz et Joseph Billieux ont arrêté et désarmés les huit chevaux-légers qui étaient venus s’enliser dans les marais de Réchésy, après avoir été traqué du territoire français par un parti de dragons cantonnés à Faverois.

Poste d’observation, au point 510, à Beurnevésin (archives fédérales)
Le Café de la Frontière à un jet de pierre de Réchésy (archives fédérales)

Cette arrestation est une preuve que le service de nos landsturmiens est très consciencieusement fait: ils méritent de vives félicitations ainsi que l’officier qui les stimule, le capitaine A. Merguin.

Si l’on peut être satisfait de la manière dont agit la poignée d’hommes qui garde notre territoire ajoulot, on l’est certainement moins de la rapidité avec laquelle la mobilisation s’opère chez nous. On peut dire l’Ajoie a été pendant trois jours à la merci d’un coup de main. Ce que les Allemands ont fait du Luxembourg, ils l’auraient fait tout aussi facilement encore dans le district de Porrentruy. Sans la garde de quelques escadrons, ils auraient pu installer en toute tranquillité des centaines de canons sur nos Rangiers:

aucune troupe sérieuse ne leur était opposée de notre côté. Ils ne l’ont pas fait et nous pouvons leur en savoir gré! Il est certain que c’eût été de bien mauvaise politique de leur part de se mettre à dos une armée comme la nôtre. Mais sait-on jamais ce qui peut germer dans la cervelle de ceux qui déchaînent actuellement la guerre la plus épouvantable que les siècles auront peut-être en à enregistrer? Une violation de plus ou de moins, ils n’en sont plus à se gêner pour si peu.

Poste d’observation et de défense à la frontière alsacienne (archives fédérales)
Panorama sur l’Ajoie depuis les Ordons (archives fédérales)
Les dragons ont mobilisé, Porrentruy Faubourg Saint-Germain (archives fédérales)


Aussi, est-ce après un soupir de soulagement qu’en Ajoie on a vu arriver lundi les 5e et 40e dragons dont les hommes ont fait bonne impression: on s’attend à recevoir aujourd’hui, mardi et demain mercredi, un nombre imposant de soldats. Le colonel de Loys et le lieutenant-colonel de Pérot ont inspecté le 3 août nos lignes de défense.

SEPT DRAGONS SE REFUGIENT EN SUISSE

On nous mande mardi de Beurnevésin:

A Bonfol, on partage le local de l’école enfantine avec les soldats (archives fédérales)

Une patrouille suisse circulait le long de la frontière dans la matinée lorsqu’elle aperçut sur territoire français un groupe de dragons allemands vivement poursuivis par des cavaliers. Les dragons, au moment d’être atteints par l’ennemi, passèrent la rivière et se trouvèrent sur sol suisse. Nos braves soldats les entourèrent aussitôt et les sommèrent de remettre leurs armes, ce qu’ils firent sans regimber.

Bâtiment de l’école enfantine, dans la grange: la cuisine militaire (archives fédérales)

Ils furent conduit à Cœuve et remis au chef du poste, capitaine Merguin, qui les fit diriger sur Porrentruy.

Quant aux cavaliers français, ils n’essayèrent pas de pénétrer sur notre territoire. Après avoir constaté que ceux qu’ils poursuivaient étaient arrêtés et désarmés par nos soldats, ils se retirèrent et disparurent.

Vue sur la ville de Berne (archives fédérales)
A Delémont, l’artillerie est en marche (archives fédérales)

Les sept dragons allemands ont été acheminés sur Berne au train de 6 heures mardi soir. Ils avaient l’air de prendre philosophiquement leur aventure. Ils ont passé en gare de Delémont à 7 h du soir; des personnes qui se trouvaient sur le quai ont fait servir des rafraîchissements et des cigares, qu’ils acceptèrent avec la plus vive satisfaction. .- Réd.

***

Sur le même incident, on nous écrit de Porrentruy:

A la frontière, entre Bonfol et Beurnevésin (archives fédérales)

Une patrouille d’éclaireurs allemands (Meldereiter) composée d’un officier et de huit cavaliers a été arrêtée mardi matin, près de Beurnevésin sur territoire suisse. Ces prisonniers inattendus furent naturellement désarmés aussitôt et dirigés sur Porrentruy.

L’officier fut conduit en automobile et ses hommes, escortés par des gendarmes, firent la route à pied, en tenant leurs montures par la bride.

Ces soldats appartiennent au 5e chasseurs (chevaux-légers) de Mulhouse. Ce sont des jeunes gens de 21 ans, petits, agiles, secs et nerveux, qui sont bien faits pour remplir le périlleux service d’exploration et de sûreté en avant du front.

L’un deux faisait partie de la patrouille dont l’officier a été tué dimanche matin, non loin de Joncherey. L’uniforme vert pâle leur permet de se dissimuler dans l’herbe, derrière les haies et dans les forêts. Le casque à pointe et le fourreau de la baïonnette sont recouverts d’une toile de même couleur. Les boutons, d’un gris mat, ne servent pas de cible à l’ennemi, car ils ne brillent pas au soleil.

Bref, c’est l’uniforme idéal pour la guerre.

Au cours de l’interrogatoire qu’on leur a fait subir à l’Hôtel de ville, ils ont déclaré qu’ils avaient reçu l’ordre de pousser une reconnaissance jusqu’au village français de Courtelevant. Surpris et poursuivis par des cavaliers français, ils réussirent à s’échapper dans la forêt. Sept de leurs camarades ont disparu. On ignore ce qu’ils sont devenus.

Après avoir copieusement mangé et un peu dormi, les prisonniers ont été conduits à Bienne par l’adjudant Bippert. Ils ne paraissait pas mécontents d’avoir été capturés en Suisse. Nous le croyons sans peine.

Les conseillers fédéraux Decoppet et Müller devant l’hôtel de la Couronne, à Bienne (archives fédérales)

A neuf heures du soir, on a amené à Porrentruy un autre chasseur allemand. Le malheureux était exténué.

***

Voici encore quelques renseignements complémentaires que nous tenons de bonne source:

Le chef du corps de gendarmerie cantonale, M. le commandant Jost, avait été chargé depuis dimanche de se rendre aux frontières, avec quarante gendarmes, pour recevoir les réfugiés arrivant de France à Boncourt.

Boncourt et la route reliant Delle (archives fédérales)

Mardi matin 4 août, une patrouille de reconnaissance du 5e régiment de chasseurs montés de Mulhouse, serrée de près par un escadron de cavaliers français, vint se réfugier sur le territoire suisse, près de Beurnevésin. Un lieutenant et sept chasseurs ont été arrêtés, non sans quelque difficulté par M. le commandant Jost, assisté de gendarmes bernois et de quelques hommes du bataillon de landsturm 24.

Les militaires allemands furent remis aux officiers de la troupe suisse, qui, au moment de l’incident, ne se trouvaient pas sur place. Ils ont été conduits à Porrentruy et de là à Berne.

NOUVELLES JURASSIENNES

Pays de Porrentruy

Porrrentruy. – (corresp.).- MM. les docteurs Ceppi et Viatte, la commission sanitaire et le corps de samaritains de notre ville s’organisent pour recevoir et soigner les soldats blessés ou malades qui seront dirigés sur Porrentruy.

Le Conseil municipal de Porrentruy va adresser à la population un appel l’engageant à consommer le lait sur une large échelle car le conseil communal a pris les dispositions pour que les approvisionnements soient augmentés largement pour satisfaire à tous les besoins de la population.

On recommande à toutes les communes du district où il y a disette de denrées alimentaires de prendre cette excellente mesure.

DES BORDS DU LAC DE BIENNE

Faubourg-du-Lac, on ravitaille les soldats (archives fédérales)

Bienne. – Le Conseil municipal a accordé à la Municipalité un crédit de 50’000 francs, avec l’autorisation de le dépasser jusqu’à 100’000 fr. en cas de nécessité pour le service des vivres de la ville de Bienne. D’autres mesures ont été prises également pour la sécurité des habitants. Le calme est rétabli dans la population.

DISTRICT DE COURTELARY

Courtelary. – Le gouvernement a désigné M. Justin Minder, notaire et maire de Courtelary, comme vice-préfet, en remplacement de M. Charles Belrichard. M. Minder entre immédiatement en fonctions pour remplacer M. Léon Liengme, préfet, qui part pour le service militaire.

DISTRICT DE MOUTIER

Tavannes. – Vers 6 heures, mardi matin, les hommes des batteries qui sont allés cantonner à Reconvilier, rentrent à l’arsenal en chantant le “Roulez tambours”. Dans les rues, les vétérans au képi étoilé montent la garde consciencieusement, tandis que de partout, heure après heure, à pied ou en voitures, arrivent les petits soldats d’infanterie, alertes et décidés. Avec beaucoup de retard arrivent les trains spéciaux dégorgeant dans nos rues un flot immense de fantassins.

3 août 1914 Tavannes – qui possède un arsenal – la mobilisation est décrétée. Une animation particulière y règne, avec l’arrivée de nombreuses troupes, de 2300 chevaux, de véhicules hippomobiles. Les usines, ateliers et écoles sont fermés. (source: Tavannes 1150 ans d’histoire, Yves Diacon, Olivier Guerne)

De partout aussi arrivent encore des files interminables de voitures, de chevaux réquisitionnés. Et de la Pierre historique, c’est un spectacle impressionnant auquel assiste tout un peuple angoissé: des hommes de toutes armes qui s’alignent et s’organisent, calmes, résolus bien qu’attendris encore… Les braves gens!…

Des soldats rejoignent l’arsenal (archives fédérales)

4 août soir. – Une pluie pénétrante, incessante mouille les hommes sous leurs habits plus épais qu’imperméables. Parents et amis des troupiers sont très nombreux à la recherche de ceux qui vont s’en aller, demain, dans l’inconnu…

Gare de Porrentruy, on enwagonne les chevaux (archives fédérales)

La mobilisation sera prête demain matin. Quel déploiement de bonne volonté! Il n’est pas jusqu’aux petits éclaireurs, le brassard fédéral fièrement arboré , qui servent de leur mieux, partout empressés, “toujours prêts”, leur chère patrie.

Les batteries couchent dans les environs de Reconvilier ce soir. Les tringlots doivent commencer par dresser leurs chevaux arrachés brutalement aux agrestes travaux.

VALLEE DE DELEMONT

Delémont . – Des militaires ont traversé la région la nuit dernière. On ne donne aucun renseignement sur les mouvements de troupes, afin de ne pas nuire à notre défense nationale. La plus grande discrétion est exigée de la presse.

Une poste de campagne à Delémont (archives fédérales)

Aujourd’hui arriveront les troupes qui seront cantonnées à Delémont.

Le public a salué avec joie l’apparition des coupures de 5.- fr. , la chasse aux provisions diminue d’intensité.

Delémont, des chevaux à l’abreuvoir près de la Porte au Loup (archives fédérales)

L’administration municipale de notre ville invite les négociants, les marchands de comestibles et les paysans à ne pas surfaire le prix des marchandises de première nécessité. Elle n’a pris jusqu’à maintenant aucune mesure tracassière de répression pour combattre les abus qui se produiraient. Elle compte – et nous osons croire que son espérance ne sera pas déçue – sur le patriotisme et la générosité de la population delémontaine et veut croire que les intéressés feront tout leur possible pour que les prix restent dans de justes limites.

Magasin de denrées alimentaires à Delémont (archives fédérales)
La cour du Château de Delémont pendant la relève de la garde (archives fédérales)

(Comm).- Ensuite de mobilisation, l’administration des postes a décidé de suppression du troisième service de la diligence Delémont-Montsevelier au départ de Delémont à midi 15.

La même décision a été prise pour la deuxième course Delémont-Bourrignon, au départ de Delémont à 9 h du matin.

Corps des sapeurs-pompiers. – Tous les citoyens de bonne volonté, désireux de renforcer le contingent du corps des sapeurs-pompiers, dont l’effectif est très réduit par suite de la mobilisation générale, sont priés de se rencontrer dans la cour du Château jeudi, 6 août courant, à 5 heures du soir.

Il n’y a pas lieu de douter que cet appel sera entendu.

(Source: archives le Démocrate du 4 août 1914)




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